Nord-Kivu : à Beni, 75 ménages déplacés reçoivent une assistance humanitaire face à l’urgence
Une enquête menée auprès de ménages vulnérables met en lumière l’ampleur des besoins alimentaires, économiques, sociaux et sanitaires. Face à la persistance des violences et au risque des épidémies, les autorités appellent les partenaires à renforcer une réponse humanitaire intégrée.
BENI, Nord-Kivu – République démocratique du Congo, 26 août 2026.
Dans la ville de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, une distribution d’aide humanitaire organisée le 26 août en faveur de 75 ménages déplacés internes apporte un soulagement immédiat à des familles confrontées à de multiples formes de vulnérabilité. Mais les données issues de l’enquête ayant précédé cette intervention racontent une réalité plus vaste : celle d’une population dont les besoins dépassent très largement les capacités d’assistance actuellement disponibles.
L’opération, mise en œuvre par APROFEEC-RDC avec l’appui de l’African Women’s Development Fund (AWDF), s’inscrit dans le cadre du projet « Protection et autonomisation économique des femmes et ménages vulnérables affectés par les crises au Nord-Kivu et en Ituri » (PAEFMV-NK/IT). Le projet prévoit notamment une assistance ciblée aux ménages déplacés, le renforcement de la sécurité alimentaire, la fourniture d’articles ménagers essentiels ainsi que des actions de protection et de prévention sanitaire.
L’intervention de Beni intervient alors que les résultats d’une enquête menée du 1er au 7 août 2026 auprès de 182 ménages mettent en évidence une accumulation préoccupante de facteurs de vulnérabilité.
L’enquête montre que 97,3 % des ménages interrogés étaient des personnes déplacées internes. La majorité vivait en dehors des sites formels, principalement dans des maisons louées ou auprès de familles d’accueil.
La taille des familles constitue également un facteur important : la taille moyenne atteignait 8,3 personnes par ménage, avec une forte proportion de familles nombreuses.
Mais c’est surtout l’accumulation des vulnérabilités qui alerte.
Parmi les ménages enquêtés, 86,8 % avaient connu un déplacement récent. 61 % consommaient un repas par jour ou moins, tandis que 57,1 % ne disposaient d’aucun moyen de subsistance ou actif productif. Plus de 65 % n’avaient reçu aucune assistance humanitaire au cours des trois mois précédant l’enquête.
À ces difficultés s’ajoutent les charges familiales et les besoins spécifiques : 54,4 % des ménages comptaient au moins sept enfants, 41,2 % avaient une femme enceinte ou allaitante, 31,3 % comptaient une personne âgée sans soutien familial, tandis que 19,2 % déclaraient la présence d’une personne vivant avec un handicap ou une maladie chronique.
Plus frappant encore, 97,8 % des ménages enquêtés déclaraient au moins une personne ayant des besoins spécifiques, soit 771 personnes recensées dans cette catégorie.
Ces chiffres dessinent le portrait d’une crise multidimensionnelle : déplacement, insécurité alimentaire, perte des moyens de subsistance, fragilité familiale, besoins sanitaires et absence de soutien humanitaire récent se conjuguent au sein des mêmes communautés.
Pour déterminer les ménages prioritaires, l’équipe d’APROFEEC-RDC n’a pas retenu le seul statut de personne déplacée. Le ciblage reposait sur un scoring multidimensionnel, intégrant notamment la récence du déplacement, la taille du ménage, les personnes à besoins spécifiques, la situation alimentaire, les stratégies d’adaptation, les conditions matérielles, les difficultés d’accès aux soins et les besoins prioritaires exprimés par les familles.
Les résultats du scoring ont permis de différencier les niveaux de vulnérabilité. Les ménages retenus présentaient un score moyen de 61,5 points, contre 38,5 points pour ceux placés sur la liste d’attente et 20,7 points pour les ménages non retenus.
Cependant, la réalité financière a imposé une limite majeure : alors que 182 ménages avaient été évalués, seuls 75 ménages pouvaient finalement être assistés à Beni.
Le rapport précise que les 107 ménages restants n’ont pas été intégrés à cette opération en raison du quota disponible, et non parce qu’ils étaient nécessairement dépourvus de besoins.
Cette distinction est essentielle. Elle montre que l’intervention du 26 août n’est pas la fin d’un processus de vulnérabilité, mais une réponse ciblée à l’intérieur d’une crise beaucoup plus importante.
Des vivres, mais aussi les moyens de préserver la dignité
Les 75 ménages bénéficiaires ont reçu une assistance comprenant des denrées alimentaires et des articles essentiels destinés à améliorer leurs conditions de vie immédiates.
L’approche retenue ne s’est donc pas limitée à la nourriture. Elle associe sécurité alimentaire, articles ménagers essentiels, hygiène et protection, conformément aux orientations du projet. Celui-ci prévoit également des actions de sensibilisation communautaire sur la protection, les violences basées sur le genre, l’exploitation et les abus sexuels, le harcèlement sexuel et la prévention d’Ebola.
Cette dimension multisectorielle apparaît particulièrement importante dans une ville où les ménages déplacés sont souvent accueillis dans des conditions précaires et doivent simultanément faire face aux dépenses alimentaires, au logement, aux soins et à la recherche de moyens de subsistance.
Madae Estime Lekopole : un appel à élargir la réponse humanitaire
Lors de l’activité, Madame Estimé Modibawagoto Lekopole, cheffe de division intérimaire du bureau des actions humanitaires et solidarité nationale au Nord-Kivu, a appelé les partenaires à renforcer leur soutien aux populations vulnérables.
Son intervention a surtout élargi la lecture de la crise : pour les communautés de Beni et des zones environnantes, l’urgence ne se limite pas aux conséquences des conflits armés et des déplacements.
Les populations doivent également faire face aux risques sanitaires, notamment ceux liés à Ebola, dans un environnement où la vulnérabilité sociale et économique peut compliquer la prévention et l’accès aux services essentiels.
L’appel lancé par la représentante du ministère vise ainsi à encourager une mobilisation accrue des partenaires autour d’une réponse qui puisse couvrir simultanément les conséquences des conflits, les besoins humanitaires des déplacés et les urgences sanitaires.
Au-delà de l’assistance matérielle, la réponse humanitaire déployée à Beni a également mis l’accent sur la protection et la prévention communautaire. Au total, 1 200 personnes ont été touchées par les séances de sensibilisation organisées dans différents espaces communautaires et professionnels.
Ces activités ont ciblé notamment les femmes, les hommes, les jeunes, les filles, les relais communautaires (RECO), les leaders communautaires, les chefs de base, les motards-taximen, les mécaniciens, les vendeuses et d’autres membres de la communauté. Les séances ont été conduites dans plusieurs aires de santé et lieux de fréquentation communautaire, notamment Mabolio, Mbudji, Ngadi, Malepe, Boikene, Kasanga Tuha et PUNDA, ainsi que dans des garages, parkings et espaces de rassemblement.
Les messages diffusés ont porté principalement sur la protection communautaire, la prévention des violences basées sur le genre (VBG), la prévention de l’exploitation et des abus sexuels (PSEA/EAS), le harcèlement sexuel, la gratuité de l’aide humanitaire et les mécanismes de signalement. Les participants ont notamment été informés sur les mécanismes de plainte et les lignes vertes 495555 et 151.
La prévention sanitaire a également été intégrée aux activités de sensibilisation, notamment à travers la diffusion de messages relatifs à la prévention d’Ebola. Cette approche vise à renforcer les connaissances des communautés, à améliorer leur capacité à identifier et signaler les risques de protection et à favoriser l’adoption de comportements préventifs.
Avec 1 200 personnes touchées, cette composante de sensibilisation constitue ainsi un axe majeur de la réponse à Beni, en rapprochant les messages de protection et de prévention des communautés dans leurs lieux de vie et d’activités quotidiennes.













